Les caméras de sécurité pourraient bientôt reconnaître votre démarche : votre façon de marcher devient un identifiant biométrique
Elle identifie une personne à distance, même visage masqué

- 8 juillet 2026
- Mise à jour: 8 juillet 2026 à 13:56

Désormais, chercheurs et industriels parient sur la reconnaissance de la démarche pour retrouver quelqu’un dans une vidéo de surveillance. L’idée est simple, et assez lourde de conséquences : faire de la manière de marcher un identifiant biométrique à part entière, utile même quand le visage n’est pas exploitable.
Pour les opérateurs de caméras, on voit tout de suite l’intérêt.
Là où la reconnaissance faciale se grippe dès qu’une personne détourne la tête, porte un masque, apparaît trop loin ou ignore qu’elle est filmée, cette méthode peut continuer à fonctionner. Autrement dit, votre silhouette en mouvement peut suffire.
Reconnaissance de la démarche : comment ça marche
La technologie passe au crible la longueur du pas, le rythme, le balancement des bras, la rotation du buste et la coordination des membres.
Alors qu’un système de reconnaissance faciale réclame en général une image nette, prise d’assez près, la reconnaissance de la démarche peut travailler à partir d’une vidéo de surveillance tout ce qu’il y a de plus standard.
Un système décrit récemment dans l’International Journal of Reasoning-based Intelligent Systems, baptisé SKDMap-Net, donne une bonne idée de cette approche.
Au lieu de se limiter à une silhouette aplatie ou à un gros plan sur le visage, SKDMap-Net suit dans le temps des points du corps en mouvement, d’après l’International Journal of Reasoning-based Intelligent Systems. Le modèle observe les articulations, la rotation des segments corporels et le rythme de marche. Il peut aussi accorder plus d’importance aux parties visibles quand d’autres sont masquées ou sortent du cadre.
Des résultats élevés, mais pas encore uniformes
Sur le papier, les chiffres tiennent la route.
D’après l’article publié dans l’International Journal of Reasoning-based Intelligent Systems, SKDMap-Net aurait atteint 95,8 % de précision sur un grand jeu de données consacré à la démarche, puis 83,7 % de précision au rang 1 sur un ensemble plus difficile, plus proche de conditions réelles. En pratique, dans ce second cas, la bonne identité arrive en tête un peu plus de huit fois sur dix.
Plus surprenant, certains systèmes frôlent des scores presque parfaits dans des environnements très contrôlés, et certains fournisseurs avancent des taux proches de 96 %, selon des rapports sectoriels.
Sur le terrain, pourtant, les résultats bougent encore beaucoup selon l’angle de prise de vue, les vêtements, ce que la personne transporte, la densité de la foule ou tout simplement la qualité de l’image. Mieux vaut donc garder une part de prudence.
Pourquoi cette biométrie intéresse autant la surveillance
Le gros avantage de cette méthode, c’est sa portée.
Contrairement aux empreintes digitales, à l’iris ou même au visage, elle n’a pas besoin d’une capture rapprochée. Elle peut donc venir se greffer sur des infrastructures déjà en place, avec des caméras classiques ou infrarouges associées à des logiciels de vision par ordinateur.
Des rapports sectoriels évoquent déjà des déploiements en Chine, notamment à Pékin et à Shanghai, avec une identification possible jusqu’à 50 mètres, y compris quand le visage est partiellement couvert.
Vie privée, biais et encadrement juridique
C’est précisément ce qui alarme les défenseurs des libertés numériques.
La démarche relève de la biométrie comportementale : même lorsqu’un système ne conserve qu’un squelette numérique ou une série de points articulaires, et non la vidéo brute, ces données peuvent encore servir à réidentifier quelqu’un sans son accord.
Les critiques redoutent donc un élargissement de la surveillance dans l’espace public, y compris pendant des manifestations.
D’autres inquiétudes portent sur les risques de biais et de mauvaise classification, avec des conséquences possibles pour les minorités de genre et les personnes queer. Au Royaume-Uni, le Biometrics and Forensic Ethics Group se penche déjà sur ces questions. À New York, une proposition de loi cherche à faire entrer les caractéristiques de la démarche dans la catégorie des informations d’identification personnelle.
Et le sujet ne s’arrête pas à la sécurité.
Le marché avance aussi dans le secteur de la santé, par exemple pour le suivi de la maladie de Parkinson ou celui des personnes âgées.
Selon des rapports sectoriels, le marché mondial de la biométrie de la démarche était évalué à environ 1,25 milliard de dollars en 2024 et pourrait grimper à 3,41 milliards de dollars d’ici 2032. Pour l’instant, malgré tout, c’est bien l’usage en surveillance à grande distance qui concentre l’attention.
Kimley Erno est éditeur chez Softonic avec huit ans d'expérience en matière de rapprochement des détails techniques et de l'expérience lecteur.
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